LA BALLADE DE MICHEL BERGER*

 

James Dean avait deux urgences. Vivre et mourir. Et une image, celle de l'adolescent qui ne passera jamais dans le camp des adultes. Michel Berger, avec sa dégaîne de rêveur sage, s'est trouvé des ressemblances avec ce mythe des années 50 : il a le sentiment qu'il lui faut faire très vite pour signer, mieux que ses oeuvres, une oeuvre. Ni le désir ni le pari ne sont bien neufs. Sa "Légende de Jimmy", si. Par son genre déjà, l'opéra rock, un terrain où il a fait figure de pionnier :

- L'opéra rock, souligne-t-il, ce n'est ni de la variétoche, ni de la comédie musicale. C'est de l'opéra. Avec livret et musique. Une expression contemporaine tout à fait honorable.

Diplômé de philosophie avec une thèse sur l'esthétique de la pop music, Michel Berger compose dès l'âge de dix-huit ans pour Bourvil, Véronique Sanson, Françoise Hardy, Johnny Halliday ou France Gall (madame Berger à la ville). Jusqu'au jour de l'année 1980 où, las de rester une musique sans visage, il apparaît à ses fans, martelant son piano debout, pour nous raconter le blues de la groupie du pianiste. Une chanson en forme d'éloge BCBG de l'immaturité. La même veine qu'il exploite dans "La Légende de Jimmy", son deuxième opéra rock après "Starmania" :

- Je ne sais pas comment le public accueillera cet opéra, avoue-t-il. Il va tout découvrir d'un seul coup. De "Starmania", il connaissait les chansons. Là, je livre le spectacle en bloc.

L'histoire : la légende de James Dean, "choisie parce qu'il symbolise les adolescents des années 90". Les chansons écrites avec son vieux complice, le Québécois Luc Plamondon. La mise en scène confiée à Jérôme Savary. Des chanteurs fétiches, Diane Tell, Renaud Hantson et Tom Novembre.

- J'ai mis tous les ingrédients du succès, ajoute-t-il, parce qu'il faut que ça marche. Si je coule, toute l'équipe se noie. Et puis il y a beaucoup à dire et à innover avec les opéras rock.

Et innover, il ne cesse de le répéter, c'est son souci. Mogador et Jimmy, il n'y songera plus dès que le spectacle sera mis sur orbite. Car il poursuit depuis longtemps un rêve de film. A suivre...

 

Pierre GRENARD

* Figaro Magazine, 22 septembre 1990

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