NIMBEE DE MAGIE *
"Vivre vieux en n'ayant rien vécu ? Ou mourir jeune en ayant trop vécu ?". Pour les milliers de fans qui continuent de hanter la tombe de Jimmy Dean, la question reste entière.
Entre ces deux excès, on peut toujours opter pour d'autres solutions. Celle, par exemple, de savoir vivre à fond sans jamais avoir envie de capituler. Celle surtout (morale du spectacle) de savoir aimer sans se regarder le nombril.
Et c'est justement là que le trio Michel Berger - Luc Plamondon - Jérôme Savary réussit un exploit. Sur le fil du rasoir, avec une histoire qui ressemble à celle de Jimmy sans l'être tout en l'étant, ils donnent à ce spectacle nimbé de magie d'un bout à l'autre une dimension que l'éternel rebelle n'a jamais su donner à sa vie.
ANGE-VOYOU. Car qui était-il au juste ce géant immortel ? S'il n'avait pas eu sa petite gueule d'ange-voyou et cette fin brutale à l'âge de 24 ans, serait-il devenu ce héros-culte à jamais dans nos mémoires ?
A vous de juger tout au long de ce show où les contradictions, les faiblesses, les forces de James Dean sont livrés en pâture à deux jeunes fans (Diane Tell et Renaud Hantson) par deux personnages étranges : le pasteur (Tom Novembre), très méphistophélique, et la diva (Nanette Workman) qui évoque à s'y méprendre Anna-Maria Pierangeli, son grand amour déçu.
ENTRE REVE ET REALITE. Tout commence au cimetière de Fairmount (instants beaux comme l'antique) où les deux personnages faustiens pactisent avec leurs jeunes visiteurs en les insérant physiquement dans un passé dont ils déroulent peu à peu le fil. Cette distanciation permanente entre rêve et réalité, rythmée par une troupe de danseurs-choristes, les lumières de Jacques Rouveyrollis et d'Alain Longchamp et une mise en scène de Savary dynamique et spirituelle (jeux de panneaux, projections de photos et vues de l'Amérique profonde), évite le piège du mélo-rétro. Les musiques de Michel Berger, d'un très beau lyrisme de facture classique (au point d'en oublier presque sa griffe), et les textes de Luc Plamondon, qui jonglent divinement entre réalisme et onirisme avec une tendre acuité, sont autant de moments qu'on a hâte de retrouver sur laser.
Quant aux interprètes - Diane Tell en groupie génialement hystérique avec ses aigus fous, Tom Novembre, diction grave et belle présence ambigüe, Nanette Workman, voix ample et séduisante, Renaud Hantson et ses intonations entêtantes dans un jeu pas facile entre Jimmy et lui... - tous nous conduisent sans qu'on voie le temps passer et loin de toute mièvrerie à une happy-end qui, si elle n'a rien d'hollywoodien, n'en garde pas moins la beauté des raisons du coeur.
Monique PREVOT
* France Soir, septembre 1990
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