ET VOICI LA JIMMY MANIA *

 

"Il pourrait quitter le cadre de sa photo et se mettre à marcher dans la rue sans que personne s'en aperçoive" : c'est ainsi que Luc Plamondon explique pourquoi, avec Michel Berger, il a choisi le personnage de James Dean pour leur dernière production, "La Légende de Jimmy".

Cet opéra rock est présenté depuis samedi sur la scène de Mogador, avec Jérôme Savary comme metteur en scène. Son narcissisme, sa bisexualité, ses faiblesses et au bout du compte son incapacité à jouer un autre rôle que le sien : le trio Plamondon / Berger / Savary s'attaque au premier mythe des années cinquante, l'incarnation de la jeunesse éternelle, et finalement le premier héros rock.

Plamondon, qui connaît ses classiques, ne manque pas de rappeler que James Dean est mort en 1955, l'année qui marque l'acte officiel de la naissance du rock avec le premier 45 tours d'Elvis Presley. Unité de temps, d'action et de lieu : Berger et Plamondon ont décidé de respecter la tradition. "C'est un opéra car comme dans tous les opéras, explique Plamondon, La Légende de Jimmy raconte le chassé-croisé entre l'amour et la mort". "Starmania" (qui va bientôt commencer sa carrière en Grande-Bretagne) avait coûté huit millions de francs. "La Légende de Jimmy", selon l'aveu de Plamondon, exige un budget trois fois supérieur.

A l'abri dans un restaurant italien situé à deux pas du théâtre, l'équipe discute ferme. Sont réunis là Berger, Plamondon, Savary, un des producteurs et Diane Tell, qui, avec sa compatriote Nanette Workman, ainsi que Renaud Hantson (un des héros de "Starmania") et Tom Novembre, tient un des quatre rôles principaux.

Objet de ce point animé : trouver une fin au spectacle. Ce jour-là, à trois jours de la première, chacun a son idée et il est difficile de mettre tout le monde d'accord, les exigences artistiques des uns venant se heurter aux réalités économiques brandies par les autres. Soucieux de son "bébé", Plamondon ne cesse de faire la navette entre le journaliste venu l'interviewer et ses associés : "tant qu'ils ne font pas de changements dans mon dos".

Pour monter "La Légende de Jimmy", Jérôme Savary a dû obtenir l'autorisation de Jack Lang. En raison de sa qualité de directeur du Théâtre National de Chaillot, il ne doit, en effet, sauf autorisation, rien monter en dehors des murs de l'institution, à Paris. La rencontre entre Savary et le duo Berger / Plamondon s'est faite très simplement : le père du Grand Magic Circus s'était tant répandu en louanges dans Paris sur "Starmania" que les deux compères ont fini par aller le trouver dans son bureau afin de lui dire : "Voilà, on a quelque chose pour vous".

A Mogador, chez Odette et Fernand Lumbroso, Savary est chez lui puisque c'est dans le plus grand théâtre privé parisien (1 700 places) qu'il monte ou présente depuis dix ans pratiquement toutes ses pièces : "Cyrano", "Cabaret", "La femme du boulanger", "D'Artagnan"... Des succès que Plamondon prend comme autant de bons augures. Il faudra, en effet, atteindre le chiffre de 100 représentations à guichets fermés avant que la pièce ne s'amortisse.

 

Didier SALTRON

* Quotidien de Paris, 24 septembre 1990

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